Le flacking ou flaque de mosaïque, vous connaissez ?

par Maryse Saint Jean

Flacking ou flaque de mosaïque_street art_mosaïque au sol

Un pansement coloré ou décoré sur les petits bobos des enfants et ça va tout de suite mieux, bien mieux que si l’on y met un pansement des plus communs. 😉

Et bien le flacking, c’est pareil, avec de la mosaïque ! 😃 C’est apposer des pansements colorés sur le béton blessé. Et tout de suite ça va beaucoup mieux, c’est plus joyeux, plus éclatant que le rafistolage commun… et tellement plus artistique !

Enfant du street art et descendant des mosaïques antiques, le flacking ou flaques de mosaïque s’apprécie les yeux rivés au sol. En effet, l’objectif est de réparer de manière artistique les nids de poules et autres détériorations des rues et des trottoirs des villes.

On compare souvent le flacking à une technique ancestrale venue du Japon, le Kintsugi. Le Kintsugi, c’est l’art de réparer un objet cassé en le sublimant. Le kintsugi comme le flacking, invite à réparer en soulignant ses cicatrices.

  flacking ou flaque de mosaïque_Kintsugi-mosaïque au sol

 

D’où vient la flaque de mosaïque ou flacking ?

Comme lointain ancêtre du flacking et du Street-Art en général, nous trouvons le graffiti né sur la côte Est des États-Unis à la fin des années 1960. À partir de là, nos rues sont devenues un espace d’expression artistique. Le street art et les street artistes sont désormais acceptés et reconnus par les habitants et les institutions dans de nombreux pays du monde. Au tournant d’une rue, l’art urbain ne cesse de nous surprendre.

Le street art s’est non seulement multiplié dans l’espace mais il s’est enrichi, et continue de s’enrichir, de techniques toujours plus audacieuses, innovantes et artistiques. Le street art, c’est désormais les fresques murales, les réalisations au pochoir, les collages, le tricot urbain, le land art, les installations en céramique...

Parmi ces installations en céramique, nous connaissons l’artiste Invader et ses petits hommes de l’espace collés sur les murs des villes. Nous trouvons les installations en céramique collés au sol, le flacking.

En fait au départ, le nom utilisé était « Flaques de carrelage ». Le terme de « Flacking » a été inventé en 2016 par un des artistes les plus connus dans l’univers du Flacking, Ememem. Détail intéressant, le terme de flacking est seulement utilisé pour les réalisations de Ememem, je ne saurai dire pourquoi. Le terme utilisé pour les créations des autres artistes comblant en mosaïque des nids-de-poule des rues et des trottoirs des villes est plus souvent « installations », mot plutôt générique…

  Flacking ou flaque de mosaïque-mosaïque au sol_street art_flaque de carrelage

 

Les artistes de flaques de mosaïque ou flacking.

Ememem

Nous pouvons nous énorgueillir 😉 d’avoir en France un des plus grands artistes de flacking : Ememem. Il se présente sur son site, ememem-flacking.net, comme « Raccommodeur de bitume, poète de trottoir, chirurgien du macadam… Ememem ou l’art de cicatriser la rue. » C’est bien dit et c’est vrai. 

Flacking ou flaque de mosaïque_mosaïque au sol_Ememem_Street art  

Ememem a commencé à rafistoler l’asphalte en 2016. C’est en voyant un nid-de-poule devant son atelier de carreleur que l’idée lui est venue de réaliser une flaque de mosaïque. Les trottoirs et les rues de sa ville, Lyon, sont devenus ses terrains de jeu avant de s’exporter à Paris, puis dans l’Europe.

Ememen aime travailler avec des matériaux mosaïque de récupération : « J’aime l’idée de pouvoir faire renaître les choses, les réinventer. » Pour lui, « n’importe quoi peut se prêter au flacking, avec la bonne technique ». (Source : creapills.com – Maxime Delmas)

Ses décors sont divers et variés avec toutefois une très nette préférence pour les motifs en damier. 

« À qui appartient l’espace public ? Si c’est à tous, est-ce à personne ? » Ememem  

L’artiste Lyonnais travaille principalement de nuit pour plusieurs raisons : il tient à rester anonyme, il n’a pas toujours les autorisations pour installer ses flaques de mosaïque mais surtout pour « l’ambiance, la lumière des réverbères et le côté Zorro ». Cette ambiance nocturne lui permet de créer une vraie intimité avec ses flackings. 

Flacking ou flaque de mosaïque_flaque de carrelage_Ememem-Street art

 

Jim Bachor

Artiste américain, Jim Bachor commence à créer ses mosaïques dans des « nids de poule » urbains en 2013. Son passage en Italie dans les années 90 pour y étudier l’art de la mosaïque, d’abord à Ravenne, puis à Pompéi où il travaillera sur une fouille archéologique influencera grandement sa technique et sa vision. « Je crée des mosaïques qui parlent des choses modernes dans une voix ancienne et mon travail verrouille dans le mortier des concepts inattendus tirés du présent. » (Source : bewaremag.com) Sa démarche est esthétique mais dénonce également l’état de délabrement des infrastructures publiques de la ville.

« Les nids-de-poule sont des vérités universelles – personne ne les aime, tout le monde les déteste »
Jim Bachor

 Flacking ou flaque de mosaïque_Jim Bachor_Street art_mosaïque au sol_Installations céramique

 

L’artiste Jim Bachor a fait ses débuts à Chicago mais nous pouvons désormais trouver ses créations en mosaïque dans de nombreuses villes des Etats-Unis ainsi qu’en Italie et en Finlande. Une carte est disponible sur son site, bachor.com, permettant de visualiser les lieux de ses installations.

Contrairement à Ememem, il ne travaille pas particulièrement la nuit. Il s’improvise caméléon la journée. En effet pour installer ses créations en mosaïque en pleine ville, il se pare d’un gilet fluorescent, de cônes de chantier et se fait ainsi passer pour un agent municipal.

 

Flacking ou flaque de mosaïque_Jim Bachor_Flaque de carrelage_mosaïque au sol_Installations céramique  

Jim Bachor utilise les mêmes matériaux, outils et méthodes que les artisans d’antan. Ses décors, souvent sur fond blancs sont, parfois humoristiques, parfois à plusieurs lectures mais toujours figuratifs et contemporains. 

 

Des initiatives locales

Meilleur Ouvrier de France en mosaïque d’art, Patricia Zygomalas s’est prise au jeu du « flacking » depuis 2018. Elle fleurit les nids-de-poule du quartier Wazemmes de Lille.  

« L’avantage de la mosaïque, c’est qu’on ne cherche pas la perfection. J’aime quand on perçoit la main de l’artiste dans une œuvre. Si ça devait être comme de la découpe au laser, ça n’aurait aucun intérêt. »
Patricia Zygomalas

Dans la commune bruxelloise de Schaerbeek, la municipalité offre la possibilité à ses habitants de décorer leur entrée de maison avec une mosaïque de leur choix. Ce n’est certes plus de la réparation de nid-de-poule mais ça reste une initiative qui apporte couleur et bonne humeur sur les trottoirs de la ville. 

Et il est probable qu’en ce moment même, d’autres artistes inconnus soient en train de faire leur petite flaque de mosaïque pour leur plus grand plaisir et le bonheur des passants. 😀

 

En résumé, nous pouvons convenir que le flacking est l’art de réparer en sublimant les nids-de-poule sur les trottoirs et les rues des villes. Mais y avez-vous penser ? Pourquoi ne pas se l’approprier pour nos balcons, nos terrasses ? Nous pouvons, nous aussi, dans notre petit espace privé, sublimer avec de la mosaïque ce petit trou qui nous dérange dans le revêtement de notre terrasse. 😉

À vos tesselles pour une belle flaque de mosaïque

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Réalisation en carrelage extra-fin

 

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